Charbonnage du hasard

Industriel / Urbex / 27 juillet 2014

Sans un bruit, d’un jaillissement doux de bête nocturne, la cage de fer montait du noir, se calait sur les verrous, avec ses quatre étages contenant chacun deux berlines pleines de charbon. [Emile Zola, Germinal]

Une friche hallucinante, qui s’impose telle « la machine ».

Le « charbonnage du hasard » est un spot connu et reconnu dans le monde de l’Urbex. Il s’agit d’une friche gigantesque, avec une architecture et une prestance à couper le souffle. C’est un endroit incontournable à explorer lorsque l’Urbex devient une réelle passion. Ce spot avait déjà été balisé lors de la petite excursion en novembre, mais c’est lors du road trip de janvier que la visite s’est réalisée, avec toute l’équipe. Etant donné que le spot est vraiment populaire et qu’il n’est surement pas voué à un abandon certain (une réhabilitation étant prévue pour les années à venir), exceptionnellement l’histoire sera assez détaillée.

L’entrée n’était pas gagnée d’avance. La chatière balisée en novembre était trop évidente… Elle était refermée le jour de la visite. C’est donc par un autre endroit, plus discret, que l’entrée s’est faite. C’est un des endroits visités les plus dangereux qui a été fait. Pour accéder au spot, ainsi que pour réaliser l’exploration, il faut être sur ses gardes à chaque instant. La dangerosité est de niveau 9/10. Dans le sol il y a des morceaux de métal qui dépassent de partout, de la rouille, des pièces tranchantes et des amas d’objets en tous genres. La visite se doit d’être minutieuse et vigilante.

L’entrée se fait dans un immense bâtiment en briques rouge, d’une beauté sans nom. Il possède deux tours. L’une d’entre elles, la plus haute, est visitée. C’est directement par le haut que la visite commence. L’ascension est palpitante. Assez peu sûr, c’est par des petites marches en ferraille suspendus dans le vide que la montée se fait.

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En hauteur, tout est plus beau.

Une fois en haut, le spectacle est grandiose. La vue sur tout le site est tout simplement magnifique. Matt pose son matériel pour commencer un petit Timelapse.

La tour dans laquelle l’exploration commence s’avère en fait être un des puits de la mine. Car oui, le spot en question est une mine. Il s’agit d’un des charbonnages d’une société connue à l’époque dans le pays en question. Le site est constitué de quatre puits en tout avec quelques galeries présentes dans la colline située juste à côté du spot et par laquelle l’infiltration s’est faite. Le plus gros des quatre puits du site est facilement perceptible de loin. C’est celui qui est vu de notre tour, en gris. Ce Chevalet, ou Chevalement, est la première chose qui est dégagée du site lors de la découverte. Dans l’histoire du spot il s’agit du puits n°3.

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L’histoire.

Ce Chevalet est extrêmement dangereux, abîmé et en sale état. Monter en haut aurait été un plaisir, mais la dangerosité et la non-discrétion face à la ville avoisinante n’en valaient pas la peine. La tour dans laquelle le shooting a commencé, plus petite, valait déjà son pesant d’or. Dans l’histoire, il s’agit du premier puits construit. Cette mine date du milieu du XIXème siècle. Ce premier puits a été creusé pour extraire la houille. Un accident est alors survenu provoquant la fermeture du site pendant une longue période. C’est seulement au début du XXème siècle que la mine ré-ouvre, pour exploiter cette fois-ci le charbon, et cela jusqu’aux années 70. En tout, les quatre puits avaient une profondeur allant de 170m à plus de 480m. Le premier puits dans lequel le shooting s’est réalisé est entouré des bâtiments les plus anciens de la mine. Ils sont constitués de briques rouges et ont une architecture néo-médiévale.

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Il s’agit en fait d’une tour d’extraction. Le terrain étant assez petit face à la grandeur du site industriel, les ingénieurs décidèrent alors de construire cette tour avec une machine d’extraction. Cette dernière est équipée de deux moteurs électriques à courant continu de 135 kW chacun. Ce premier puits possède alors un décagement automatique par balances hydrauliques ainsi que d’évite-molettes hydrauliques. De plus, les molettes et les moteurs de bobinage des câbles sont placés au sommet de la tour et non à la base ce qui permettra alors de définir et de distinguer réellement une tour d’extraction (ou le shooting a commencé), d’un Chevalement (la grande tour grise) où ces fameux moteurs sont situés à la base.

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Leur présence est tout simplement époustouflante. Leur grandeur en impose et fait vraiment bloquer. C’est vraiment impressionnant de voir cela, avoir l’exclusivité de visiter ce genre d’endroit. C’est aussi magnifique de voir ce que l’homme a été capable de faire et d’inventer. Car ces machines en mettent plein la vue. Au sommet, une échelle en ferraille est implantée dans la structure du bâtiment. Elle permettait d’accéder au toit. Après avoir mesuré le danger, elle ne paraît pas en si mauvais état et son implantation est fiable. Boitier sur le dos, Matt monte sur le toit afin de réaliser un cliché.

Pour revenir à l’histoire du site, le fameux puits n°1, qui était alors le plus vieux, a cessé l’extraction et est devenu un puits de secours. Le puits n°2, qui n’a pas encore été abordé, a été détruit depuis. Il s’agissait également d’un Chevalement, avec ses moteurs d’extraction à sa base. Il était placé entre le puits n°1 et le puits n°3 et était d’armature métallique. Son emplacement dans l’actuelle dalle de béton peut être perçu à la place du trou béant.

Quant au puits n°4, il est situé au sommet de la colline. Ce Chevalement permettait uniquement de remonter les stériles c’est-à-dire une partie des déchets non exploitables. Les stériles sont constitués de roche, de résidus d’extraction et de poussière. Ils sont ensuite mis en terril, ce qui constitue les petites « collines » de déchets aux abords des mines. Les vieux bâtiments entourant le puits n°1 sont alors visités. Cette mine possédait également un fonctionnement particulier. Les vestiaires étaient conçus avec des casiers individuels bas. Ils remplaçaient alors la fameuse « salle des pendus ». Il s’agissait d’un jargon à l’époque désignant les vestiaires. Un tel nom était donné de par la conception des salles. Elles étaient très hautes avec des barres rondes ou des poulies au plafond sur lesquelles passaient de longues chaînes. Les mineurs accrochaient alors leurs vêtements au bout de ces chaînes pour les faire remonter en hauteur. Ce système permettait de prendre moins de place que les armoires, un nettoyage plus rapide et un séchage des vêtements. Les douches étaient aussi individuelles et non collectives, ce qui était assez rare dans les nombreuses autres mines de charbon.

Dans le bas des vieux bâtiments se trouvaient les bureaux administratifs. Sur le côté un immense hangar était présent. Les photos se sont enchaînées dedans.

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Sortie du premier bâtiment historique, arrivée dans le coin administratif et technique.

Puis la progression se fait jusque dans les petits bâtiments administratifs. C’est là que les ouvriers venaient pointer lorsqu’ils arrivaient pour travailler. Dedans, le guichet des paies est toujours là.

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La lampisterie se devine encore, avec l’atelier des lampes situé juste à côté. La lampisterie est une immense salle sombre possédant de nombreuses étagères avec des rampes de chargements pour les lampes électriques des mineurs.

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Approche du « gouffre » prêt à tout dévorer.

L’extérieur est atteint et l’approche prêt de l’immense Chevalet du puits n°3 se fait. Les photos s’enchaînent alors. La photo de groupe se fera au pied de cette imposante structure, plus d’hésitation. Cette dernière en jette tellement. Une envie de monter dedans se fait sentir, mais heureusement que la pulsion passagère n’est pas assouvie. Au pied pendant plusieurs minutes, voilà qu’un énorme morceau de verre tombe du haut du Chevalement à quelques mètres de nous. Le spot est vraiment dangereux. L’architecture est alors admirée, dans toute sa splendeur. Il faut dire que le site est riche architecturalement parlant puisqu’il a traversé de nombreuses périodes de l’histoire. Ainsi, chaque tour possède un type de construction différent. Le puits n°1 avec ses bâtiments sont de style néo-médiéval. Le puits n°2, qui n’est plus, était de structure métallique. Le puits n°3 est le plus grand de tout le site. Le Chevalement est en béton armé et au départ il devait constituer une tour avec les machines d’extraction en hauteur. Finalement ces dernières ont été installées à la base et la tour s’est vue ornée de deux bigues afin de constituer le Chevalet. Enfin, le dernier puits – qui n’a pas été visité – a été construit sur le même principe, mais avec une architecture plus effilée typique des années 20.

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Une fois avoir bien profité de l’extérieur, l’autre partie du site est atteinte. Il faut néanmoins jouer à cache-cache avec les habitations en vis-à-vis. A ses débuts, le site était isolé. C’est à partir des années 20 et face à l’ampleur que prend la société qu’une cité minière verra le jour, afin d’accueillir les familles de mineurs. A son paroxysme, la mine aura vu travailler 1 500 ouvriers, jusqu’à un nombre d’environ 600 à la fermeture du site.

Cette autre partie ne sera pas explorée dans toute sa globalité. D’autres spots sont en ligne de mire pour la journée et cette partie s’avère moins intéressante. Néanmoins, il a été très impressionnant de voir la machine d’extraction du puits n°3. Elle est vraiment immense et ce ne peut être qu’avec stupeur que le fonctionnement d’une telle machine est imaginé.

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Une autre partie semblait présenter des hangars. En tout cas elle apparaissait comme tel.

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La cour intérieure est regagnée alors. Une seule chose n’a pas été explorée, il s’agit des galeries. Elles ont été minutieusement rebouchées une fois la fermeture du site industriel réalisée et le démantèlement. Ce spot aura un futur puisque des travaux de réhabilitation sont prévus pour les années à venir. Plusieurs parties sont classées et donc ne seront pas détruites, ce qui est une très bonne chose. Mais ce n’est pas le cas de l’immense Chevalet central, qui sera très certainement détruit, et ça c’est bien triste…

Un autre groupe d’explorateurs a été croisé sur place alors que la sortie allait être regagnée. Après avoir échangé un moment avec eux ils nous confient ne pas prendre de photos, mais uniquement s’intéresser à ces lieux abandonnés et à leur histoire, par simple curiosité. Comme quoi, ces lieux suscitent bien l’admiration et l’intrigue. Ce fût un plaisir de dialoguer avec eux, mais d’autres visitent nous attendant, le chemin du retour est repris.

Ce spot en a mis plein la vue. Il était gigantesque et a vraiment bluffé. Son histoire était tout aussi intéressante, de même que son architecture. C’est un de ces endroits qui impose du respect. Malgré l’état avancé de délabrement, ce n’était pas dur d’imaginer les ouvriers et mineurs travailler dans cet endroit. La faible luminosité, la tristesse du lieu, la poussière et bien sûr le travail harassant de mineur font rendre compte de la dureté qui devait régner dans l’accomplissement du travail chaque jour dans cet endroit. Visiter alors ce spot avec nos regards a donné un sentiment de liberté. La visite fut très enrichissante et vraiment plaisante.

Vous pouvez retrouver la galerie photos de cette immense, impressionnante et spectaculaire friche ici.

On vous souhaite une bonne visualisation et à bientôt pour la prochaine explo !


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6 Commentaires

sur 27 July 2014

Bonjour,
un bien bel hommage rendu à ce lieu chargé d’histoire par votre récit et vos photos.
Je vais me faire un article par jour pour faire durer le plaisir !!!
Demain je lis la « Villa Wallfahrt » ce nom me plait bien.
Didier

    sur 28 July 2014

    Encore merci Didier pour ces commentaires plus qu’agréables.

    On vous souhaite une bonne navigation et un « bon voyage » sur notre site Internet. Nous avons encore quelques explorations dans les tiroirs à partager, donc restez sur le qui-vive ;)

    Au plaisir de se rencontrer un jour!

    Urbex Element

sur 16 July 2015

Bonjour, ce sont de très belles histoires présentées ici! Je suis curieuse de ce genre d’endroit car on ressent plein de mystère et d’ambiances très différentes!
Avez vous la possibilité de me transmettre les adresses de quelques uns de ces endroits? Je suis photographe et je suis très intéressée pour faire une séance avec ce genre de décor!
En tout cas, site très sympa et belle mise en valeur des architecture! Bonne continuation!

    sur 20 July 2015

    Bonjour Mathilde,

    Merci de l’intérêt que tu portes à notre site web. Et merci pour ce commentaire.
    Nous ne divulguons pas d’adresse ni de situation géographique. Avec un peu de persévérance il est possible de trouver pas mal d’endroit de ce genre tout seul.

    Bonne continuation et bon courage !

    L’équipe Urbex Element

sur 17 July 2016

Plus je me promène sur votre site et plus j’y trouve du plaisir! Vous présentez vraiment un travail magnifique, bourré d’infos mais également très bien présenté… Je reviendrai par ici très vite donc!

    sur 18 July 2016

    Eh bien merci beaucoup Astrid :).
    Ça nous fait vraiment plaisir :), content que cela plaise!



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