Karwela

Épave / 26 janvier 2020

J’allais couler, couler au fond de la mer et creuser ma tombe au milieu des algues, des ossements de marins et des épaves de navires. » [Michael Morpurgo, Le Royaume de Kensuké]

Urbex, or not Urbex?

Voilà quelques temps que l’envie nous prend de vouloir publier des photos d’épaves de navires en tout genre. La question, c’est : qu’est-ce que cela vient faire sur ce site ?

On peut se demander si publier des photos d’épaves entre dans la case « Urbex ». Nous avons cogité (surtout moi) et puis finalement nous nous sommes dit « pourquoi pas ? », « faisons-nous plaisir ». En fin de compte, il y a de nombreux points communs entre la visite d’une épave et la visite d’un bâtiment abandonné.

Les épaves sont souvent classées, répertoriées et visitables accompagné, c’est peut-être ce côté moins « forbidden » et informel qui éloigne un peu de la philosophie de « l’Urbex ». Mais en contre partie une épave reste un vestige abandonné, qui suscite beaucoup d’intrigue et qui reste quand même assez exclusif à faire. De plus, l’approche photographique, qui est évidemment différente de celle terrestre, reste très intéressante.

Ces raisons, auxquelles peuvent venir s’en ajouter de nombreuses autres, nous ont poussé à vous faire découvrir une autre catégorie de vestiges abandonnés : les épaves.

Une épave, une première

Le « spot » d’aujourd’hui est donc la première épave qui est publiée sur ce site web, une première pour Urbex Element. De l’équipe, il n’y avait que moi (Tom), étant le seul plongeur. Xav et Matt ne se sont donc pas joints à l’exploration.

Pour cette découverte, le matériel photo a été très rudimentaire : une GoPro Hero 4. Les photos seront donc de moins bonnes qualités que ce que nous avons pu vous montrer jusqu’alors.

C’est lors d’un voyage « plongée » d’une semaine sur l’île de Gozo, à Malte, qu’il a été possible d’admirer cette magnifique épave de bateau. C’était un lundi matin, le 21 octobre. Nous préparons notre matériel, le vérifions, faisons nos palanquées et le briefing. Une palanquée en plongée est un groupe de plongeurs effectuant la même plongée sous-marine, avec les mêmes paramètres (même durée de plongée, même profondeur, et même trajet).

Ainsi, nous serons au total cinq plongeurs : Ludo,Val, Pat, Seb et moi, formant deux palanquées.

Karwela 15

La mise à l’eau et la découverte

Une fois le briefing fait et le profil de plongée clarifié, la falaise est descendue par un chemin afin de se mettre à l’eau depuis le bord. Il y a du courant en ce matin du 21 octobre et de la houle. L’ondulation de l’eau en surface nous ramène proche du bord, il faut se mettre à l’eau rapidement et s’immerger pour ne pas être balancé contre les rochers.

Les cinq à l’eau et vérification OK, l’immersion se réalise. Ça y est, nous sommes sous l’eau et nous commençons notre descente.

L’épave est posée sur le sol sableux à 40 m de fond. Il faut donc descendre directement jusqu’à cette profondeur pour ne pas perdre de temps (afin d’optimiser la consommation de l’air dans la bouteille). La visibilité est de 10-20 m maximum. Ainsi, au début, la descente se fait dans le « bleu », sans apercevoir grand-chose.

Puis soudain, l’épave apparaît. Tel un monolithe au milieu de la mer. La première impression est un sentiment à la fois de gigantisme et de petitesse. Voir ce gros bateau au milieu de la mer, elle-même très vaste ! Avec ce « bleu » tout autour, cela donne l’impression d’être minuscule face à cela. Cette constatation donne inconsciemment des sensations ambivalentes : à la fascination se mêle un peu de crainte, et tout à tas d’autres sentiments.

Voir surgir cette épave au milieu du « bleu » de l’eau donne la sensation d’être dans un film de science-fiction.

Karwela 1

La sensation de faible pesanteur donnée par l’eau peut nous faire croire dans l’espace un instant, et c’est un ressentit formidable.

L’exploration

La descente se fait par l’avant du navire. Le pont supérieur est observé.

Karwela 2

Ensuite, c’est la partie tribord qui est longée jusqu’à la poupe.

Karwela 3

Quelques espèces de poissons sont observées. Les rascasses se camouflent dans les algues et éponges. Il faut observer dans les fissures et sous les débris, d’autres espèces se cachent. Une raie est posée sur le sable, probablement en train de dormir.

Arrivés à la poupe, une légère remontée est faite afin de pénétrer dans le navire.

Karwela 8

Une grande salle est visible, faisant penser à une salle de réception, une cafétéria ou un restaurant. Les fenêtres s’alignent, en symétrie.

L’histoire

L’histoire d’une épave est moins compliquée à trouver que l’histoire d’un spot « Urbex » terrestre. La plupart des épaves sont référencées et il est donc possible de trouver leur histoire sur la toile, très facilement.

Le Karwela s’appelait en fait « MV Karwela ». Il s’agissait d’un ferry touristique, transportant donc des passagers, et qui faisait le tour de Grand Harbour, la baie entourant La Valette, capitale de Malte. Il fut construit en 1957.

En août 2006, il fut coulé volontairement afin de créer artificiellement un récif pour les espèces sous-marines. Pour cela, il a fait le trajet Grand Harbour – Gozo. Il fut coulé sur le littoral sud-est de Gozo.

Le navire fait une cinquantaine de mètres de long et environ 500 tonnes. Il a été coulé à seulement 80 m du rivage, de sorte qu’il se pose dans la zone des 40 m de profondeur.

Karwela 16

La suite de l’exploration

Il est rare de pouvoir rentrer dans une épave, de part la dangerosité. L’exclusivité de pouvoir explorer l’intérieur de celle-ci est très appréciable.

L’intérieur est longé jusqu’à la proue. Plusieurs petites salles sont aperçues, mais impossible de les visiter, cela augmenterait le temps de palier par la suite, rester à 40 m ne peut pas se faire indéfiniment. Une d’entre elles semble renfermer d’anciennes machines, peut-être un ascenseur.

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La partie centrale peut être explorée. Un escalier est encore présent, permettant une remontée sur le pont supérieur.

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La sortie du navire se fait par le côté bâbord.

Karwela 14

Le pont supérieur est encore exploré un petit temps. Il est possible de voir de petites espèces, comme des flabellines, mais il faut avoir l’œil.

La remontée se fait entreprendre maintenant, afin d’éviter un temps de palier trop long, l’ordinateur affiche déjà 5 – 6 minutes de palier à 3 m.

L’avantage de cette plongée, c’est que le palier peut se faire sur un récif sous-marin à proximité. Ainsi, la remontée graduelle se fait jusque dans la zone des 5 m et le palier de 5 minutes peut être réalisé tout en observant d’autres espèces.

Déjà la fin…

La plongée est déjà terminée… Il faut remonter… Cela laisse sur la faim. Visiter les petites salles aurait été génial, et la cabine de pilotage ! Nous ne l’avons pas exploré.

Un des inconvénients de la plongée, c’est l’air et la profondeur (pour les paliers). Ainsi, ce n’est pas comme dans un spot classique terrestre, où plus de temps peut être pris, ici le temps est compté. Et c’est dommage.

Néanmoins, je ne me plains pas trop, car découvrir des épaves comme ça, ce n’est pas tous les trois – quatre matins. Les plongeurs qui étaient avec moi ont beaucoup plus d’expérience en plongée, et ils m’ont affirmé que faire ce type d’épave (où on pouvait entrer à l’intérieur) était rare. De plus, nous étions seuls sur le spot, et cela, ça n’a pas de prix. Pour information, à notre remontée sur le parking, un groupe d’une vingtaine de plongeurs s’apprêtait à faire la plongée…

Vivement la prochaine épave à vous faire découvrir ! En espérant que cet article vous a plu.

Pour découvrir les photos de cette exploration, c’est en dessous !


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1 Commentaire

sur 17 February 2020

Ce n’est pas littéralement de l’urbex, mais on s’en fout, c’est superbe et ça a toute sa place ici :)



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