La voie lactée

Urbex / 19 novembre 2017

Quand l’homme a découvert que la vache donnait du lait, que cherchait-il exactement à faire ce jour-là ?[Philippe Geluck]

Le spot

Le spot du jour est une laiterie, une première pour Urbex Element. Malheureusement de l’équipe il n’y avait que moi (Tom), Xav et Matt ne se sont pas joints à la visite. Pour cause, l’endroit qui va être présenté n’est pas réellement abandonné. Il a un propriétaire, que je connais. Un weekend j’étais sur place et j’avais mon matériel photo, je n’ai donc pas hésité une seule seconde.

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L’avantage dans ce genre particulier de visite, c’est qu’il n’y a aucun stress. Alors certes, le stress fait partie intégrante du monde de l’Urbex évidemment, mais quand on peut s’en passer le temps d’une exploration eh bien on l’accepte volontiers. De plus, le spot ne m’était pas inconnu car je l’avais déjà visité pratiquement entièrement.

L’exploration

Lors de l’exploration pour la prise de photos, il n’y avait personne. J’étais seul dans les lieux pour pouvoir m’en imprégner et prendre les photographies qui m’inspiraient. C’était en plein mois d’août, en fin d’après-midi. Le temps était idéal et l’atmosphère vraiment magique. En tout, la visite aura duré 1 h. Une heure de silence et de tranquillité, dans un lieu hors du commun.

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L’entrée s’est faite par une porte, d’habitude fermée à clé. Le plus grand bâtiment du site a été exploré dans son intégralité, le reste non. Le temps d’en faire le tour et de ressortir par là où l’entrée s’est faite, 1 h s’est écoulée.

La conception

La laiterie se décompose en plusieurs bâtiments, sur un site assez grand. La majeure partie des bâtiments a été entièrement réaménagée afin d’en faire des logements. Ils prennent place dans les petits bâtiments du site. Ceux qui faisaient office de bureaux administratifs, qui étaient destinés à la boutique, aux entrepôts de stockages mais aussi aux parties techniques.

Pratiquement tout le site a été réhabilité. Il ne reste que le grand bâtiment, qui servait à la gestion du lait. Ce dernier n’a pas encore été rénové. Ainsi, à l’intérieur, il reste des vestiges du passé.

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L’histoire

Cette laiterie a été créée en 1908 sous forme d’une coopérative agricole. En effet, à l’époque ce sont les agriculteurs de la région qui se sont réunis afin de commercialiser les produits faits à partir du lait de vache (le fromage et le beurre) ainsi que des œufs.

La laiterie connaîtra les deux grandes guerres mondiales avec les nombreux problèmes qui y sont liés. Elle survivra à ces deux périodes et au fur et à mesure des années elle se modernisera. Les bâtiments du site seront agrandis et de nombreuses machines prendront place à l’intérieur. Les camions vont se succéder pour acheminer le lait des fermes et pour transporter les produits finis de la laiterie.

En 1978 les activités commencent à battre de l’aile pour diverses raisons. La laiterie est en difficulté. En effet, entre 1975 et 1980 apparaît une forte augmentation des excédents laitiers français ce qui entraîne par conséquent une grave crise dans cette filière. De nombreux troupeaux de vaches laitières disparaissent en France, notamment dans la région.
Pourtant en 1986 tout est fait pour qu’une nouvelle chaîne de fabrication soit mise en place, ce qui sera le cas. Durant cette même année, afin d’éviter que les activités soient en déclin, la laiterie fusionne avec une autre de la région, assez proche.

C’est peu après fin 2005 que les portes de cette laiterie se ferment. La dépollution du site et sa mise aux normes coûtent bien trop cher pour que le fonctionnement puisse perdurer. À l’époque, le directeur fait visiter les locaux à quelques personnes, dont celles que je connais. Après d’abord un refus, puis une hésitation, les locaux sont rachetés dans la foulée, en 2007. Les personnes que je connais ont eu comme projet de réhabiliter le site et surtout de le « découper » pour en faire des logements, ce qui est le cas actuellement, puisque tous les petits bâtiments du site sont maintenant loués en maisons, à l’exception du grand bâtiment, qui doit encore être réhabilité.

Les vestiges

Le site a dû être en grande partie dépollué et réhabilité. De nombreuses choses et de nombreux vestiges du passé ont disparu. Néanmoins, il y a eu beaucoup de recyclage. Certains objets ont été conservés afin de rappeler l’histoire du site. Ils ont été légèrement retapés mais sont globalement restés dans leur jus. Ils sont soit conservés dans l’atelier soit mis en décoration dans certaines maisons.

Dans le grand bâtiment, au fur et à mesure les choses sont démontées, minutieusement. Cela a d’abord été le cas pour tous les câbles électriques. Puis ensuite les tuyaux qui acheminaient le lait. Certains vestiges sont restés encore en place, mais suivant les travaux qui auront lieu ils vont être déplacés. C’est le cas par exemple des grandes horloges. Cette première horloge Simplex était l’horloge « mère », qui contrôlait toutes les autres.

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En effet, les horloges Simplex ont vu le jour au début du XXème siècle. Cette dernière date de 1924 précisément. Nous l’avons démonté pour tenter de la faire fonctionner (bien après l’exploration). Ici, il n’y a pas de piles ni de système contemporain pour la faire fonctionner. Tout se fait par un mécanisme complexe et un peu d’électronique. Cette horloge était située dans un petit bureau près des quais de chargement. Elle contrôlait toutes les autres horloges Simplex du site. Une autre est située dans une salle de la laiterie.

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Cette dernière a dû être observée un très grand nombre de fois par les ouvriers au fil du temps… Elle date des années 1950 et elle était contrôlée par l’horloge de l’entrée présentée avant. Nous l’avons démonté aussi pour tenter de la faire fonctionner. Il n’y a pratiquement aucun système électrique, tout est mécanique. Le mécanisme reste simple et impressionnant à voir.

Lorsque les horloges contrôlées n’étaient pas à l’heure ou étaient arrêtées, il fallait jouer sur l’horloge « mère » en déconnectant le fusible et en remettant l’horloge à l’heure. Un mot explique cela, datant de 1924.

Dans les couloirs du site, on peut trouver également cette vieille table de commande en inox.

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Au niveau de chaque chambre froide et de la majeure partie des pièces on peut encore trouver les thermomètres de contrôle avec leur sonde. La sonde est maintenue par un fil qui passe à travers le mur pour rejoindre l’afficheur soit dans le couloir soit dans les pièces/chambres froides.

Certaines petites pièces devaient correspondre aux salles d’analyses pour vérifier et garantir l’hygiène du lait et des produits.

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Une atmosphère spéciale

Se balader seul dans le spot est tout simplement plaisant. La sensation qui peut se dégager à ce moment précis n’est pas descriptible. Cet endroit regorge tellement de souvenirs et d’histoires, inconnues et « banales » bien sûr, mais qui suscitent tant la curiosité. Il a dû s’en passer des choses dans cette usine durant toutes ces années.

Être seul dans ce spot est particulier, la sensation est bizarre. C’est à la fois plaisant de pouvoir jouir de l’endroit en toute tranquillité et de savoir que l’espace d’1 h il est « à nous ». Mais c’est aussi angoissant. Notre esprit d’humain qui tend à être créatif et inventif fait ici surface et fonctionne à plein régime. Les histoires d’épouvantes et les fables que l’on a pu lire ou voir à la télévision ne laissent pas indifférent. C’est par moments angoissant de longer certains couloirs sombres. Même si finalement le spot a été « fouillé » de fond en comble et même si je ne crois pas à ces histoires, notre esprit est toujours là pour donner une petite dose de stress, surtout quand l’atmosphère de l’endroit y pousse fortement. En effet certaines parties sont assez glauques, mais finalement, c’est le propre de l’Urbex.

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Le fin de l’exploration, mais pas l’adieu au spot

Après avoir fait le tour et pris quelques clichés, la visite prend fin. Il y a tant de détails qui sont restés en place dans cet endroit. Tant de clichés peuvent être pris. La galerie photos qui suit est une sélection car il faudrait une centaine de photographies pour retranscrire l’ambiance du lieu mais surtout tous les petits détails toujours en place.

J’ai souvent l’occasion de retourner dans ce spot particulier, ce n’est donc pas un adieu, à part lorsque celui-ci sera entièrement réhabilité. C’est une très bonne chose que cet endroit retrouve une seconde jeunesse. Les personnes ayant repris cette laiterie ont beaucoup de respect pour le lieu et s’en occupent avec grand soin. La réhabilitation est désormais époustouflante, chapeau.

Pour découvrir quelques clichés, c’est juste en dessous !


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