L’âge d’or des meuniers

Industriel / Street-art / Urbex / 29 août 2013

Le meunier est riche par le bruit. [Proverbe russe]

Session dans le nord de la France.

Cette fois-ci, c’est dans le Nord de la France qu’UrbexElement a migré l’espace d’une journée. Toujours découvrir de nouveaux horizons, voilà ce qui importe. Trois spots ont été fait durant la journée du 13 juillet, deux grands et un petit. Celui-ci est le premier des trois. La région Nord est très propice pour tout ce qui est friches industrielles et mines. Son passé d’un point de vue industriel est très chargé, pour le grand bonheur des urbexeurs.

Un spot grandiose.

Le spot qui va être présenté est le plus grand qui a été fait jusqu’à maintenant sur le site Internet d’UrbexElement. Sa grandeur est hallucinante. Il s’étend sur un certain nombre d’hectares et dès l’arrivée, impossible de savoir où poser les yeux. C’est au détour d’une rue investie de vieilles maisons de mineurs en briques collées les unes aux autres que ce spot s’est révélé. Il trône là, au milieu de la nature, il domine à côté du Canal.

DSC_4513

L’histoire.

Son architecture est magnifique et sa prestance grandiose. Le bâtiment en impose et il peut se le permettre puisqu’il est classé à l’inventaire des Monuments Historiques. Il s’agit d’un immense château industriel et en regardant beaucoup plus attentivement la bâtisse, les traces de l’âge industriel se révèlent. Cette imposante minoterie a vu le jour suite à la Première Guerre Mondiale. Le chantier s’est achevé en 1923 et aboutit à la création d’une meunerie longue de 140 mètres et pouvant accueillir environ 366 ouvriers et 600 tonnes de mouture de blé par jour. Cette structure a cessé de fonctionner depuis les années 90.

A l’instar de la « Manu » présentée dans le billet « Le tabac fait place au street art », ce bâtiment devait être démoli suite à l’enlisement de l’entreprise de meunier. Mais celui-ci ayant participé catégoriquement à l’histoire industrielle de la région, son destin a été tout retracé. Ainsi, une restructuration sera faite afin que le site renaisse et soit transformé en quartiers résidentiels.

L’entrée.

L’entrée s’est faite sans soucis, l’endroit est assez éloigné des habitations et il y a peu de fréquentations dans les environs. Le street-art est là pour rappeler par où ça se passe.

DSC_0004

Une fois dans l’enceinte, les pupilles se dilatent, la cadence du cœur s’accélère et le sourire se dessine sur les figures. L’arrivée est royale, pile dans la cour intérieure qui laisse sous-entendre qu’il s’agissait d’un parking par la présence des marques blanches au sol. Cette cour offre un point de vue sur tout le bâtiment et surtout sa longueur.

DSC_0066

Architecture.

Ainsi, le bâtiment lui-même se compose de quatre grandes parties sur la longueur. Une est revêtue d’une armature en métal, une à l’autre extrémité est constituée de gros silos sur toute la hauteur. Puis deux parties sont en brique, séparées par un pont en pierre. L’une d’elles est surplombée d’une tour magnifique.
Le site quant à lui possède également d’autres petits bâtiments, des maisons et hangars. Il faut savoir que ce spot s’étend sur pas moins de 25 000 m² !

DSC_4516

La vieille boulangerie.

Entrée dans l’une des « dépendances ». Beaucoup de choses n’ont pas tenu le coup, pas de certitude donc de ce qu’il pouvait y avoir dans ce bâtiment. Néanmoins, une sorte de four à pain est présent.

DSC_0024

En regardant l’historique du site, les documents trouvés et la conception du petit bâtiment visité (four et paillasses carrelées), il est fort probable qu’il devait s’agir d’une boulangerie, sur place. D’ailleurs, une pièce entière a gardé ses paillasses et son carrelage aux murs.

DSC_4529

De nombreux graffs sont présents mais aussi beaucoup de street-art sur le spot. Le pochoir semble être maître ici et certains sont magnifiques !

Les autres bâtiments annexes.

La progression se fait doucement dans les petits bâtiments, l’imposant moulin étant laissé pour la fin car le meilleur est toujours pour la fin, n’est-ce pas ?
Ces petites « dépendances » sont conçues en brique, architecture typique du Nord de la France et du début du XXème siècle. Elles sont toutes ravagées. Seule la structure est là, mais certains toits sont tombés et certains pans de murs se sont écroulés.
Par avancée, la découverte de ce bassin de rétention est plutôt sympa, bien que l’eau soit quand même bien sale.

DSC_4561

L’endroit est calme, paisible et la visite est reposante. La végétation pousse de partout, certains arbustes sont bien hauts et parfois même des arbres sont présents dans les bâtisses. L’avantage qu’a le site d’être aux abords du Canal, c’est qu’il possédait un quai, qui est encore présent !

Le quai de chargement/déchargement.

Sur le quai, une machine dont l’utilisation est inconnue. Elle servait probablement à acheminer le blé ou la farine dans les embarcations. Elle est montée sur un rail.

DSC_0083

Sur la hauteur du quai, une sorte de grosse machine dont l’utilisation est également un mystère. Elle ressemble fortement à des pompes ou encore des derricks de pétrole !

DSC_4573

Une échelle est encore présente. Malheureusement celle-ci n’est pas très solide, la dangerosité est quand même bien présente. Puis le fait de monter dessus amène à la vue de toutes les habitations environnantes. Ainsi, pas de grimpette pour cet endroit.

Exploration de l’intérieur.

Direction maintenant le fameux moulin de 140 mètres de long. C’est parti pour un périple magnifique. L’entrée s’est faite par le côté gauche, aux abords des silos imposants qui constituent une partie du long bâtiment. Quatre grandes portes sont présentes. Il s’agissait très probablement de quais de déchargement ou de chargement pour les camions. Ces derniers avaient alors le privilège d’être abrités ! Normal s’il fallait décharger de la farine ou du blé. Désormais ces quais sont recouverts de graffitis, tous plus beaux les uns que les autres.

DSC_4607

La salle aux silos.

Arrivée dans la partie aux silos impressionnants. La salle en impose. Elle est à la fois vide et à la fois chargée, chargée d’histoire mais aussi architecturalement parlant. Le nombre de piliers est hallucinant et lorsque la tête se lève, le plafond est orné d’une multitude de trémies qui permettaient de récupérer le blé alors stocké dans les réservoirs situés juste au-dessus. Ainsi, chaque trémie se voit agrémentée d’un silo.

DSC_0113

Découverte de ces machines en bois auxquelles des tuyaux de sorties de cuves sont reliés. L’utilité n’a pas été déterminée. Probablement que le céréale passait par ces machines et était acheminé en dessous du site pour être broyé. Il faudrait demander à un meunier pour avoir l’histoire de toutes ces machines et aussi de ce spot.

DSC_4645

L’inaccessible.

Une des parties du bâtiment central n’est plus accessible. Les étages ne possèdent plus de sol et il est donc impossible d’y accéder. Selon les recherches, le site aurait subi un incendie récemment.

SONY DSC

Ascension dans les étages.

Direction maintenant la grande tour. C’est là que sont les marches. Celles-ci sont escarpées et ne possèdent plus de rampe. Ce n’est pas grave, ce n’est pas ce qui va freiner. L’ascension se fait donc. Chaque étage livre ses trésors. Du fait de l’incendie, des ravages et des vols, très peu de machines sont encore présentes. Mais quand même, la présence de certaines persiste, elles sont bien rouillées. Les graffs viennent également s’imposer, et les trous aussi.
Niveau dangerosité, c’est du 9/10, il y a des trous de partout et il est très important de regarder où poser les pieds, surtout au 8ème étage…

DSC_0172

Une chose intéressante, certaines machines s’étendent sur plusieurs étages. Ainsi, une extrémité peut être vue au 2ème étage alors que l’autre bout de cette machine pourra se retrouver trois étages plus haut.
C’est bien huit étages qu’il y a en tout, plus deux dans la tour, mais qui ne sont plus praticables.

DSC_0211

Sous les combles.

Au dernier étage, l’univers est simplement scotchant. La fragilité est palpable tant le toit est éboulé et les poutres abimées. Mais la vue est juste sublime. Curieusement, la végétation pousse de partout sous les combles, de l’herbe vient remplacer la pierre du sol et même des arbustes poussent par-ci par-là. La lumière du soleil vient alors compléter le tableau pour rendre l’endroit encore plus magnifique. Et bien sûr, la récompense de la visite : une vue sur la ville et tous les environs, juste hallucinant.

DSC_4779

Progression dans la longueur.

Mais la visite ne s’arrête pas là. Progression dans la troisième partie, reliée à la seconde avec la tour par un pont en pierre. Cette partie a échappé à l’incendie et offre également ses petits trésors avec des machines encore présentes.

DSC_0197

L’ascension sous les combles se fait également mais dans cette partie, ne pas s’éloigner de l’escalier. Le toit est beaucoup trop dangereux et à certains endroits le sol n’est pas sûr du tout.

DSC_0281

L’architecture du bâtiment est vraiment intéressante, de type flamand en briques rouges fines. La toiture sur les côtés est construite en escalier comme en Belgique ou aux Pays-Bas.

SONY DSC

En apesanteur.

Autre récompense de la visite, le point de vue qu’offre le pont qui relie les deux parties. Un moment reposant dont il était dur de se détacher. La pause fut relativement longue mais méritée.

DSC_0289

Dernière partie.

Direction la dernière partie plus récente avant la fin de la visite. Celle-ci est d’armature métal et l’intérieur est plus contemporain. Une pièce entière possède un pan de mur avec des grilles en métal qui devaient abriter toute la partie électrique.

DSC_4880

Dans cette pièce un artiste se démarque et donne envie de le découvrir plus. Il a peint des portraits très probablement en pochoir, entourés d’éclaboussures de peinture de toutes les couleurs. C’est assez sympathique pour les yeux.

DSC_4878

Dans les étages.

Cette partie du site à proprement parler devait correspondre au stockage du blé ou de la farine mais sans grande conviction. Au premier étage, le plafond est recouvert de « machines » en métal dont l’utilité est floue.

DSC_0352

Impossible d’accéder aux autres étages de cette partie, les escaliers étant enlevés.

Le difficile détachement.

La visite touche à sa fin. Très très dur de s’en aller de cet endroit. L’atmosphère qui règne en ces lieux n’est pas descriptible. Le spot a gardé encore une marque significative de l’activité passée. S’imaginer alors plus de 300 employés travailler dans cet endroit n’est pas si compliqué mais laisse admiratif. Revenir ici à notre époque alors que le bâtiment est vieux de pratiquement un siècle fait frémir. Toute cette superficie, ces 25 000 m², rien que pour nous. La tranquillité, le soleil, la vue, la nature, tout cela se prête alors parfaitement en harmonie avec l’univers apocalyptique que dégage le bâtiment abandonné et détérioré. Une exploration riche en émotion qu’il sera très dur d’oublier.

Cela fait plaisir de savoir que ce patrimoine sera sauvé par une réhabilitation. Mais à l’inverse ce sera quand même la perte d’un immense terrain de jeu pour urbexeur, d’une grandeur et d’une prestance à couper le souffle.

Petite dédicace à Fred et Seb qui étaient présents lors de la visite, ils ont été aussi bluffés que nous.

La galerie photos de ce magnifique spot est juste là sur ce lien Flickr. On vous laisse apprécier !


Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,




Article précédent

Chaux dans la garrigue

Article suivant

De la céréale au malt





Vous devriez aussi aimer



4 Commentaires

sur 8 March 2014

[…] conception intérieure du bâtiment se rapproche beaucoup des spots « L’âge d’or des meuniers » et « De la céréale au malt ». Normal, il s’agit également d’une meunerie. Dans […]

sur 9 March 2014

[…] dans cette région pour UrbexElement déjà bien en émotion suite à la visite du premier spot « L’âge d’or des meuniers ». Ce deuxième site est tout aussi hallucinant. Le terrain est beaucoup moins grand mais le spot […]

sur 15 May 2016

Bonjour,

je l’ai fait il y a quelques jours, le bâtiment se dégrade à une vitesse … mais j’y ai reconnu pas mal de choses dans vos photos ! Et également appris certaines choses :)

    sur 15 May 2016

    Merci Sophie :)

    Nous y sommes retourné une fois après cette visite, cela bouge beaucoup on a l’impression. La deuxième nous avions remarqué que tout avait été défriché et qu’il n’y avait plus de végétaux.
    L’intérieur du bâtiment est sacrément dégradé… Mais la ville compte le réhabiliter, et le projet a l’air franchement sympa !

    Au plaisir de découvrir tes explorations,

    L’équipe Urbex Element



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Lire la suite

Chaux dans la garrigue

Sous ses pieds on entend craquer les os de la garrigue. [Jean Giono] Exploration hors Auvergne ! C’est en Provence...

19 July 2013
UA-40202717-1