Le cimetière des anciens

Urbex / 14 juin 2020

Les cimetières, ces musées de menhirs. [Jules Renard, Journal 1893 – 1898]

La joie de reprendre !

Voilà un certain temps que nous n’avions plus fait de visites… Par manque de temps, faute de pouvoir se retrouver toute l’équipe, parce que nous avions aussi d’autres projets et d’autres envies.

Au déconfinement, l’occasion s’est présentée. Ni une ni deux, nous avons saisi l’opportunité pour réaliser cette exploration.

C’est dans un cimetière totalement laissé à l’abandon que nous vous emmenons.

Voilà quelques années que le spot a été balisé maintenant. Mais nous voulions attendre le bon moment pour pouvoir le visiter. Un week-end de mai, avec un temps radieux, ne pouvait pas tomber mieux.

CDA vue aérienne

On ne perd pas les bons réflexes

Une sortie Urbex peut s’improviser, mais cela se prépare très souvent. On regarde régulièrement la carte, on cherche un endroit par où on pourrait entrer sans attirer l’attention, mais également une solution échappatoire, où se garer, etc.

Ici, la reprise se fera en douceur. La visite sera très certainement reposante, puisque nous n’aurons pas à être sur le qui-vive. Et pour cause, nous sommes un dimanche et le spot est en pleine campagne, perdu au milieu des champs.

Une fois garés vers le spot, le pronostic est vérifié : personne à l’horizon, pas âme qui vive. La visite se fera paisiblement, sans personne pour venir perturber la tranquillité du lieu.

Le cimetière des anciens 1

Dès l’entrée, les réflexes reviennent comme si la dernière exploration remontait à l’heure précédente. Les sens sont « décuplés », en alerte. L’intrigue, l’inconnu et l’excitation prennent le dessus.

Il en faut peu. Il faut avouer qu’en réalité, pour cette reprise, nous ne risquions pas grand-chose étant donné que les cimetières sont des lieux publics.

L’exploration

L’entrée s’est faite par la grille d’entrée, tout simplement. L’ouverture n’est pas des plus discrètes puisque cette porte en métal est bien rouillée, et grince comme il faut, histoire de donner le ton.

En soi, la visite du cimetière peut durer quelques minutes. Mais le temps de s’imprégner de l’endroit, de sa tranquillité, de son histoire, le temps de décortiquer les noms sur les tombes et surtout de faire les photos, la visite se sera étendue finalement sur un peu plus d’1 h. Après tout, c’est la reprise, il faut en profiter.

La première partie de ce cimetière, par où l’entrée s’est faite, celle visible de la route et des champs, semble plus récente que la seconde partie, dissimulée dans la végétation.

Dès les premiers pas, aucun doute, le cimetière est bien abandonné. Les tombes sont éventrées, les caveaux ouverts, certains endroits malheureusement bien vandalisés. La végétation a repris ses droits. Il faut se faufiler entre les hautes herbes, les orties et les ronces.

Le cimetière des anciens 8

La commune a néanmoins dû intervenir pour préserver le peu qu’il reste. Les caveaux du fond sont entourés d’une clôture. Dans ces caveaux, des vitraux ont été plus ou moins préservés. Impossible de les voir vraiment et donc de les prendre en photo. Sur certains sites Internet de la commune quelques images montrent un défrichage.

Le lieu est comme sont les images trouvées sur le net d’autres explorateurs. Seule la végétation a changé, et le temps. Les tombes sont peut-être davantage en mauvais état… En tout cas, cela fait longtemps que le défrichage vu en photo a eu lieu… La végétation est abondante.

La première partie est très vite explorée. La visite aura quand même durée une vingtaine de minutes, voire une demi-heure. Le temps de déchiffrer les inscriptions sur les tombes. La plupart des mêmes noms reviennent. Certains d’ailleurs sont des noms assez connus dans la région. Étrange que personne de la famille ne vienne entretenir…

Le lieu doit être visité régulièrement, les chemins sont tout tracés à travers les hautes herbes… Nous les empruntons pour arriver à l’arrière du cimetière et se retrouver dans un champ. À côté, direction nord/nord-est, une petite forêt dense. Difficile d’imaginer d’autres tombes dans cet amas de végétaux, et pourtant.

Le cimetière des anciens 13

Il s’agit de la « seconde partie » de l’exploration, qui aura durée l’autre moitié de temps, trente à quarante minutes. Ici, il faut se faufiler entre les arbres et les branches. Les herbes sont moins hautes, et pour cause, la lumière n’est pas assez présente.

Ici, les tombes sont bien plus vandalisées. Elles sont ouvertes, laissant apparaître des trous d’une grande profondeur, peut-être une dizaine de mètres parfois. Ce n’est pas le moment de faire un faux pas…

Les tombes de cette seconde partie semblent plus anciennes. Les pierres de taille l’attestent. Les inscriptions sont plus difficiles à lire.

Il faut faire attention où l’on met les pieds, par moments, le sol semble mou…

Le cimetière des anciens 12

Après être arrivés à l’autre bout, la végétation est devenue trop dense pour pouvoir progresser. Mais le tour entier du cimetière a été fait. Le chemin en sens inverse est donc repris tranquillement.

L’histoire

Il n’est pas difficile de trouver quelques pages web concernant cet endroit. En revanche, l’histoire véritable n’est pas facile à trouver. Il n’y a d’ailleurs pas vraiment d’informations concernant l’abandon de ce cimetière sur le web.

Les dates sur les tombes s’étendent sur un peu moins d’un siècle, allant de 1850 aux années 1920. Une période bien précise. Aucune date après la Seconde Guerre mondiale. Un vrai mystère.

Les mêmes noms apparaissent très régulièrement sur les tombes. Des familles répandues dans la région.

Le cimetière était commun à deux villages. Il aurait définitivement arrêté de servir dans les premières décennies du XXe siècle, lorsque chacun des deux villages a créé son propre cimetière. C’est sûrement ce qui s’est réellement passé puisque les dates sur les tombes s’arrêtent dans ces eaux-là. Les communes devaient rassembler les corps dans les nouveaux cimetières des villages respectifs. Est-ce que cela a été fait ? Aucune idée.

C’est peut-être le cas et donc nous avons à faire à des tombes vides. Sinon, les défunts sont peut-être encore probablement là…

Comme dit précédemment, il semble y avoir deux périodes distinctes dans ce cimetière : une partie ancienne, ensevelie sous la végétation et une partie plus « récente » avec des caveaux se rapprochant davantage de ceux actuels. Ces derniers sont moins envahis par les arbres et sont donc plus visibles, notamment de la route.

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Un pillage glauque

Pratiquement l’entièreté des tombes et des caveaux a été pillée et vandalisée malheureusement… La plupart des pierres tombales sont cassées. Les caveaux sont ouverts, il est possible d’entrer à l’intérieur sans problème, à part pour ceux qui sont clôturés. D’autres tombes servent de décharge… De multiples déchets y sont présents…

Bizarrement aucun tag, ni trace de peinture quelconque, ce qui n’est pas plus mal bien sûr.

Dans certains caveaux, il a été possible de voir des bougies « fraîches » et des fruits dans un sachet plastique, signes d’un passage récent…

La sortie est regagnée, un dernier tour d’horizon est effectué. La reprise s’est faite en douceur et cette exploration était très plaisante, malgré l’aspect assez glauque de la situation.

[Petite dédicace à Seb, qui se reconnaîtra].

Trêve de récit, place aux photos, qui en disent bien plus que des mots


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